Qui était Boudeau



En cheminant avec Jean-Baptiste Boudeau

Jean-Baptiste Boudeau (1881-1959) nous a transmis un précieux legs de près de 5000 pièces amassées au long des routes et des chemins de la Haute-Vienne et de la Creuse.

Né à Saint-Priest-Taurion, en 1881, au dessus de l'épicerie familiale, Jean Baptiste Boudeau est issu de milieux modestes : ouvriers fileurs au moulin de la Ribière, côté maternel et maçons ou tailleurs de pierre creusois, côté paternel.
Hormis le temps du service militaire en Charente et pendant la guerre (où il semble avoir été garde-voies), il passe toute son existence à Saint-Priest. Il réalise des photographies dès l'âge de 19 ans, prenant conseil à la fois à travers des brochures achetées par correspondance, et auprès du photographe Faissat, situé alors rue du Clocher à Limoges. C'est chez lui qu'il achète ses objectifs et qu'il fait également réaliser des photos, l'une avec son meilleur ami, et celle de son mariage le 24 octobre 1905 avec son épouse Marguerite Leblanc.

De 1900 à 1924 Jean-Baptiste Boudeau sillonne une quarantaine de communes de Haute-Vienne au rythme de sa carriole. Toujours muni de la mallette contenant son appareil-photo et ses plaques de verre argentique, il livre des produits d’épicerie à une clientèle châtelaine et bourgeoise. Ses tournées couvrent les cantons d’Ambazac, de St-Léonard-de-Noblat, d’Eymoutiers, de Laurière, et les environs de Limoges.

Chaque fin de semaine, la bicyclette remplace la carriole et Jean-Baptiste Boudeau, souvent accompagné de son ami Goumy, va de village en village suivant le calendrier des fêtes et manifestations. Il fixe sur la plaque de verre le concours de pêche, la communion solennelle, la course cycliste ou l’inauguration du Monument aux morts.

A la belle saison, il se fait photographe de mariages. Il est le portraitiste favori de la clientèle rurale. Jean-Baptiste Boudeau fixe le bonheur de couples de paysans, d’artisans, de domestiques, de petits bourgeois. Cette spécialité, qu’il développe surtout après la guerre de 14-18, constitue alors un complément de revenus appréciable.

Jean-Baptiste Boudeau édite certains de ses clichés en cartes postales. La première, publiée avant 1909, porte la mention "collection J.-B. Boudeau, Saint-Priest-Taurion" et s'intitule "1-St-PT-L'avenue du Pont et la procession du 15 août". Ce choix est symbolique dans un territoire où les processions religieuses sont interdites (c'est le cas à Limoges depuis 1880).

En février 1924, peu de temps après la mort de sa mère, il interrompt à la fois les albums qu'il avait patiemment créés depuis 24 ans. Il cesse de ranger ses plaques et ne réalise plus que très occasionnellement des photographies, essentiellement des cartes postales et des portraits jusqu'en 1928. Il redevient alors simple épicier. En 1959, à sa mort, la notice nécrologique a même oublié de mentionner qu'il avait été photographe.

2ème colonne

De 1900 à 1924, Jean Baptiste Boudeau a alors traversé et photographié une quarantaine de communes de Haute-Vienne :
Aixe Ambazac Anzême Aureil Beaune Bessines Bonnac Bourganeuf Chaptelat Châtelus-le-Marcheix Compreignac Eybouleuf Eyjeaux Feytiat Guéret Jabreilles La Geneytouse La Jonchère Laurière Le Chatenet-en-Dognon Le Nouhaud Le Palais Les Billanges Limoges Moissanes Nedde Oradour-sur-Glane Panazol Razès Rilhac-Rancon Rochefort Royères Saint-Amand-Jartoudeix Saint-Jouvent Saint-Just Saint-Laurent-les Eglises Saint-Léonard-de-Noblat Saint-Martin-Terressus Saint-Léger Saint-Priest-Taurion Saint-Sylvestre Saint-Victurnien Sauviat Vaulry Verneuil
A noter : il existe également quelques clichés d'autres départements, tels que la Charente, la Charente-Inférieure, la Creuse, la Seine, la Seine-et-Oise et Paris.

Le projet du site Boudeau

Parmi les quelques 2 200 plaques constituant le fonds Jean-Baptiste Boudeau, nous avons choisi d'en valoriser une centaine. Les clichés appartiennent au fonds de la BFM. Ils sont donc libres de droits et téléchargeables. Cependant, pour la compréhension de l'histoire de ce fonds et notamment la diffusion de ces clichés en cartes postales, nous avons fait le choix d'en présenter certaines provenant de collections privées. Ces documents sont alors présentés avec un filigrane de manière à souligner la restriction des droits de diffusion.

Nous avons classé ces photographies dans cinq rubriques : Vie de château, Monde en mutation, Cartes postales et Portraits, Monde rural et Fêtes et événements.


L'ensemble des textes sont signés par Vincent Brousse.

Ont aussi coopéré au projet, Dominique Danthieux, Philippe Grandcoing et Alain Monteaux, co-auteurs du livre Jean-Baptiste Boudeau, Un épicier photographe des campagnes limousines (1900-1924), Les Ardents éditeurs, nov. 2012.



Le Fonds Boudeau :

Constitué à partir de l'année 1900, le fonds photographique Boudeau peut se diviser en trois ensembles :

-les plaques de verre, réparties entre 285 boites (a minima). La BFM en possède 161.

-les albums au nombre de 72, établis de février 1900 à février 1924. Trois collectionneurs et un des héritiers nous ont permis d'en consulter 25 d'entre-eux. Les photographies ont les numéros correspondant à ceux des plaques. Nous connaissons 4996 photographies identifiées et réalisées par lui.

-les cartes postales et les photos hors albums, disséminées parmi de nombreuses collections. Plusieurs épiciers ou éditeurs ont publiés les clichés de Jean-Baptiste Boudeau : Balabaud, Béchade, Chéroux, Crouzille, Cusson, Lefaure, Massias, Petit ou Tesson à Limoges.





Jean-Baptiste Boudeau était un « maniaque » du rangement. Ordonné et précis, il classe, note, numérote dans ses albums et ses boites cartonnées chacun des clichés qu'il a pris durant ces 25 années. Il précise les dates, les lieux et parfois les noms des sujets.

Les albums et les plaques de verre sont restés au domicile de Jean-Baptiste Boudeau, puis chez sa fille Colette, jusqu'en 2007, date à laquelle plusieurs ventes aux enchères disséminent le fonds. Les plaques achetées alors par les collectionneurs Claude Fanton et Jean Jouhaud ont été acquises ensuite par la BFM en 2011.

Sources et bibliographie

Sources d'archives :

Etat civil de Saint-Priest Taurion, Ambazac, Limoges.
Recensement de population de 1881 à 1936, St-Priest Taurion (Haute-Vienne), Anzême (Creuse).
Annuaires Dumont de 1903 à 1920.
Almanachs Ducourtieux de 1859 à 1914.
Annuaire Dumont et almanach limousin réunis de 1920 à 1927.
Limoges Illustré, 1899 à 1912.
L'Agriculteur du Centre, Bulletin de la société d'agriculture de la Haute-Vienne, 1899-1912.
Le Courrier du Centre, 1860 à 1944.

Bibliographie :

Bernaben Bernard et alii, Monts d'Ambazac et Val du Taurion, Alan Sutton, 2004.
Danthieux Dominique et Philippe Grandcoing, La Limousine, Histoire d'une race bovine XIXème et XXème siècles, Pulim, 2007.
Ferrer Jean-Marc et Etienne Rouziès, Une Histoire de la photographie à Limoges (1839-1914), Les Ardents, 2011.
Glomot David, Philippe Grandcoing et Hélène Lafaye, Limoges et le pays de la Vienne, Loubatières, 2012.
Grandcoing Philippe, Les demeures de la distinction. Châteaux et châtelains en Haute-Vienne au XIXe siècle, Pulim, 1999.
Jouhaud Jean et Jean-Louis Dutreix, Fêtes et spectacles à Limoges à la belle époque 1900-1914, Flanant, 2003.
Melhau, Jan dau, in Le XXe siècle en Limousin : [actes du] colloque de Soudaine-Lavinadière, Les Monédières, 2001.
Monteaux Alain, Cartes postales de Limoges, Matus éditions, 2003 et 2004.
Tandeau De Marsac Martine, Les Moulins à papier. Autour de Saint-Léonard-de-Noblat, Culture et Patrimoine en limousin, 2010.